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« START-UP ARRÊTONS LA MASCARADE », PLAIDOYER POUR UN NOUVEAU MODÈLE


 

 

L\'écosystème startups repose fondations instables paradoxales.
L’écosystème des startups repose sur des fondations instables et paradoxales. @Shutterstock

“Faisons de la startup un projet de société et non plus un phénomène sociétal !” C’est le cri du coeur des deux auteurs du livre “Start-up arrêtons la mascarade”. Nicolas Menet et Benjamin Zimmer connaissent bien le monde des startups puisqu’ils ont successivement dirigé l’écosystème d’innovation francilien Silver Valley.

Dans la première partie de l’ouvrage, ils se penchent d’abord sur les facteurs qui sont à l’origine de l’engouement autour des startups, devenues une “nouvelle utopie économique et sociale”. Selon les auteurs, l’émergence de la société de consommation, suivie par la révolution numérique et la crise financière de 2008, couplées à un engouement médiatique pour la figure du startuper devenue aspirationnelle, sont toutes à l’origine du boom des startups.

“CAPABLE DU MEILLEUR COMME DU PIRE”

Le livre dresse ensuite un constat nuancé sur l’écosystème entrepreneurial actuel en France, “capable du meilleur comme du pire”, en pointant du doigt toutes ses contradictions. Il critique par exemple le fait que les entrepreneurs se sont mis à voir les levées de fonds comme une fin en soi. Il dénonce aussi le gaspillage d’argent public dépensé pour soutenir des projets qui ne sont pas viables et n’ont aucun impact positif pour la société. Les auteurs regrettent également le manque de diversité parmi les entrepreneurs tout comme “l’idéologie de la coolitude”, autrement dit l’exploitation des stagiaires “première force de travail des startups” et des jeunes diplômés, au nom de la bonne ambiance.

Dans la suite de l’ouvrage, on découvre l’histoire d’un jeune entrepreneur fictif, Tom, qui va planter sa startup. Son réseau social à destination des personnes âgées ne décolle pas, et les auteurs pointent toutes les erreurs que le startuper commet au fil de l’aventure. Si certaines relèvent de sa responsabilité, le livre montre que la plupart s’explique par le mode de fonctionnement pervers du système, notamment en matière de financement et d’accompagnement.

CONSOMMATION COLLABORATIVE, ESS, ÉCONOMIE CIRCULAIRE

Enfin, en guise de conclusion, les deux auteurs plaident pour faire “entrer les startups dans l’âge de raison” avec un nouveau modèle pour l’écosystème qu’ils appellent la “profitabilité intégrale”. Le principe ? Mettre la technologie au service du progrès social, économique et écologique. Pour cela, les startupers devront chercher à produire moins mais à augmenter leurs marges et leurs clients, à prendre en compte l’intérêt général et à croître sans laisser de trace pour la planète. L’ouvrage cite d’ailleurs plusieurs exemples d’entreprises qui sont déjà des succès dans les secteurs de la consommation collaborative, de l’économie sociale et solidaire et de l’économie circulaire (BlaBlaCar, La Ruche qui dit Oui, Les Talents d’Alphonse, Maximum, Enercoop…)

“Start-up arrêtons la mascarade” plaira donc à tous ceux qui s’intéressent à l’univers de l’entrepreneuriat, malgré un ton “donneur de leçons” parfois un peu agaçant et des propositions de transformation de l’écosystème pas toujours très concrètes. L’ouvrage a le mérite de cibler efficacement les dérives de certaines startups, incubateurs ou pouvoirs publics tout en proposant des pistes pour aller vers un modèle plus juste et plus responsable. Bref, il fera réfléchir les ardents défenseurs de la Startup Nation… et confortera ses détracteurs.

L’EXTRAIT

“Les startups standardisées sont fabriquées à la chaîne dans une optique darwiniste qui consiste à financer à la volée des milliers de projets et à voir ceux qui vont réussir et s’adapter, laissant tous les autres sur le bas-côté. Un tel gaspillage de connaissance, de temps, d’énergie et de motivation pose question, d’autant plus que de l’argent public et des ressources naturelles sont en jeu”. (…) La startup aurait pu devenir un projet de société global où chacun aurait la possibilité de faire une proposition de valeur à la collectivité, utile, profitable pour tous, selon ses besoins et ses ressources. Malgré ce rendez-vous manqué avec l’histoire, une question reste en suspens pour ceux qui veulent encore “changer le monde” : pourquoi vouloir transformer la société actuelle en reprenant les modèles économiques qui la construisent au lieu de viser la création d’une société de contribution non prédatrice ?”


>> « Start-up arrêtons la mascarade », Nicolas Menet et Benjamin Zimmer, Ed. Dunod, 227 pages.

Source : start.lesechos.fr Par Clémence Boyer

En savoir plus sur https://start.lesechos.fr/entreprendre/actu-startup/start-up-arretons-la-mascarade-plaidoyer-pour-un-nouveau-modele-11027.php?oxVaYtyHC2cZWCgh.99


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