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Lu pour vous : « Réduire les inégalités de richesses grâce à un dividende social » par Anice Lajnef


 

 

Il est possible de repenser la création monétaire et de la mettre au service de notre politique sociale. Avec la création du dividende social, l’idée est de lier notre politique monétaire à notre politique fiscale, pour financer l’action sociale publique.

Par Anice Lajnef 

Anice

Notre système monétaire a été pensé par les banquiers pour servir au mieux leurs propres intérêts. Ce système antidémocratique a pu se mettre en place en profitant de sa propre complexité, fruit de l’intelligence humaine la plus vorace.

En effet, le système monétaire moderne repose sur l’endettement. Les banques commerciales privées ont à la fois le monopole et le privilège de la création monétaire : cette monnaie est créée au moment de l’octroi d’un crédit auprès de ces établissements.

Ainsi, la monnaie est le fruit du gage de notre propre futur. La pression sociale couplée à une législation forte au service du système bancaire, garantissent la tenue de nos engagements forcés. Alors que bien des économistes pensent la monnaie moderne créée à partir de rien, celle-ci est en fait adossée à la fois à notre endettement et à notre futur gagé, en somme à nous-mêmes !

 

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Alors que dans le passé l’ingéniosité des banquiers garantissaient la valeur des billets imprimés par une quantité d’or mise en réserve, de nos jours les banquiers garantissent la valeur des billets par notre asservissement collectif.

La monnaie est donc l’outil des banquiers pour maximiser l’endettement collectif. Plus une société est endettée, et plus les banquiers encaissent ce qu’ils appellent par un doux euphémisme les intérêts bancaires. En réalité ces intérêts encaissés rémunèrent les banquiers en contrepartie de la simple tenue du registre des dettes. Mais ces intérêts sont aussi une morsure faite à la collectivité.

En effet, non seulement cette morsure bancaire enrichit les banquiers, mais de plus, cette morsure installe dans la société le venin des inégalités de richesses. C’est pour cette raison que le développement bancaire va de pair avec les luttes sociales.

En effet, l’ingéniosité bancaire classe les individus en fonction de leur solvabilité, c’est à dire leur pouvoir de rembourser les dettes engagées. Or plus une personne est riche et plus sa capacité à rembourser est grande. Les banquiers aiment cette catégorie d’individus. Ils en font leurs clients privilégiés.

Symétriquement, les plus fragiles d’entre nous, ont plus de mal à rembourser leurs dettes, et donc ont une probabilité plus grande de faire défaut quant à leurs engagements. Ainsi les banquiers les défavoriseront par des taux de crédits plus élevés et par des frais de fonctionnement les rendant encore plus précaires. Ainsi, en 2016, sur les 23 milliards d’euros de bénéfices des grands groupes bancaires, plus du quart étaient payés par les plus précaires.

Quelle justice sociale y a-t-il à faire payer aux plus pauvres la tenue de notre système bancaire ?

Mais le pire est le côté exponentiel de ce système. Plus une personne est riche, et plus la banque lui donnera un accès facile à la monnaie par le biais du crédit. Plus une personne est précaire, et plus la banque défavorisera cette personne par des taux d’emprunts élevés quand ce dernier à la chance d’obtenir un crédit. Par récursivité, au cours du temps, plus on est riche et plus on devient riche. Plus on est pauvre et plus on devient pauvre. L’ingéniosité bancaire creuse donc les inégalités de richesses. Ce système monétaire et bancaire de type exponentiel génère des bulles. Au départ financières, ces bulles atteignent l’économie réelle quand elles éclatent, laissant place au populisme, entrainant les peuples dans les instincts les plus primitifs de la xénophobie et des guerres.

Mais cette course à l’endettement stimulée par nos banquiers crée une autre bulle cette fois bien plus dangereuse pour l’équilibre de l’humanité. En effet, l’endettement pousse inexorablement à la surconsommation. D’ailleurs par construction, la monnaie est créée au moment de l’octroi d’un crédit qui sert la plupart du temps à assouvir nos instincts de sur-consommateurs. Cette frénésie consumériste puise dans notre planète, bien plus que ce que notre mère nourricière est capable de régénérer. Depuis les années 70, nous sommes entrés en déficit écologique. Ce déficit crée une bulle écologique, qui comme toutes les autres explosera tôt ou tard. Ce n’est qu’une question de temps. Les dérèglements climatiques et le phénomène de réchauffement sont là pour nous le rappeler.

Tant que les consciences ne feront pas le lien entre notre système monétaire et la détérioration de notre planète, les pollueurs ont de beaux jours devant eux.

Quelle solution pouvons-nous apporter pour ralentir ce désastre annoncé ?

Tout d’abord rien ne bougera tant que le peuple ne comprenne ce qu’il se joue. Les privilégiés de ce système, les banquiers et leurs complices, feront tout ce qui est dans leurs pouvoirs pour garder leurs privilèges. La réponse doit donc venir du peuple. Seule une réponse populaire et démocratique est possible.

Pour cela, la première chose à faire est de stopper l’hémorragie de l’endettement par la création monétaire. Le monopole et le privilège octroyés aux banques privées doit cesser au plus vite. Les banques centrales doivent retourner dans le giron des Etats et ces derniers doivent décider les lignes directrices de la création monétaire.

En même temps, face à la globalisation et à l’évasion fiscale organisée par les fraudeurs en col blanc, il est temps de permettre la transparence et la traçabilité de notre monnaie. Qu’est-ce qui empêche nos institutions monétaires d’utiliser la technologie de la blockchain pour créer un crypto euro ? Rien, si ce n’est la peur bleue de nos banquiers de perdre le monopole de la création monétaire, et la peur bleue de nos ultras riches d’être démasqués par rapport à leurs tricheries fiscales organisées.

Il faut donc dématérialiser notre monnaie, et faire de l’euro une crypto monnaie traçable et transparente, quitte à mécontenter nos banquiers, nos fraudeurs, les adeptes de l’économie parallèle, et les mafieux en tout genre. Les classes sociales moyennes et honnêtes en ont plus qu’assez de payer pour tout le monde.

Aussi, la création monétaire des banquiers et les différentes politiques monétaires des banques centrales favorisent les individus les plus sophistiqués financièrement. Ces politiques ont deux effets sournois sur les équilibres sociaux. D’un côté cela exacerbe les inégalités de richesses en permettant aux plus riches un accès privilégié à la monnaie. Mais aussi, cette création monétaire crée un effet dilutif qui appauvrit le peuple dans son ensemble. La planche à billet défavorise les salariés, et les retraités, grands perdants de cette fraude organisée. Au fil du temps, ce système favorise la rente au détriment du travail, mais aussi plonge nos ainés dans la précarité. Ce phénomène va en s’accélérant.

Il est donc nécessaire de contrôler la masse monétaire en ne permettant de créer qu’une quantité de monnaie acceptée démocratiquement.

Sans création monétaire, notre épargne est protégée. Nos salaires et nos retraites cessent de perdre en pouvoir d’achat. Mais, dans des économies en croissance, il faut répondre au risque de déflation, c’est à dire à un manque de monnaie qui impliquerait une baisse des prix.

Si on considère un taux de croissance moyen sur une période assez longue, disons de façon empirique 2,7% de croissance, il faudrait créer autant de monnaie par an, puis la réinjecter dans l’économie.

Une fois ce surplus de masse monétaire créé, il se pose le problème de la redistribution. C’est à ce moment que l’idée du dividende social s’impose ! Ce surplus monétaire qui est dilutif de manière raisonnable des surplus de richesses en place, doit être alloué à l’action sociale au sein des pays. En France, si on considère que la masse monétaire est autour de 2200 milliards d’euros, cela représentera annuellement 60 milliards d’euros à redistribuer aux plus fragiles d’entre nous.

Il n’est pas question ici de prélever un impôt social, mais de créer cette manne sociale par une politique monétaire juste. L’effet dilutif sera plus facilement accepté par le peuple que le prélèvement d’un impôt social. De nos jours, cet appauvrissement des peuples par la création monétaire existe déjà. La seule différence sont ceux qui en profitent : nos banquiers et leurs complices.

De plus, ce système permettra de réduire la dette publique en permettant un meilleur équilibre du budget de l’Etat. En effet, d’un côté la traçabilité du crypto euro augmentera les rentrées fiscales, d’un autre côté la charge sociale sur l’état diminuera grâce au dividende social. Ce système permettra de créer une politique monétaire sociale et innovante, au service de la fiscalité et de l’action sociale.

Cette création monétaire sociale doit être redistribuée vers des catégories d’individus dont l’utilité de l’argent est vitale. En théorie économique, cet impôt est très lié à la conception de circulation de la monnaie dans l’économie, communément appelée vélocité de la monnaie. En transférant l’argent vers les nécessiteux, la circulation de la monnaie augmente, et donc rend solide la vigueur de notre économie.

Ce que je viens de développer restera utopique tant que les peuples ne chercheront pas à comprendre ce qu’il se joue et qu’ils préfèreront se diviser sur des questions sociétales ou religieuses. Le système en place fera tout pour divertir nos consciences. Notre condition collective ne changera pas tant que nous ne changerons pas ce qui est en chacun de nous. Pour réussir, et battre les forces frauduleuses en place, l’effort doit être collectif !

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 Publié le 28 JANV. 2018

BLOG : LE BLOG DE ANICE LAJNEF

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